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Le massif du Canigó, Grand Site de France

Phare de la Méditerranée, célébrant l'orient des Pyrénées, le Canigó est un massif de légendes. Terre d'itinérance et de spiritualité, il invite ses visiteurs à vivre les émotions des grands espaces, la liberté, l'évasion.

Le label Grand Site de France est attribué le 13 juillet 2012 par décision du Ministère en charge de l'écologie. Obtenu pour 6 ans, un dossier de demande de renouvellement a été déposé en mars 2018. Son instruction est en cours et la décision interviendra en fin d'année.

 

 

Le pic du Canigó / Michel CASTILLO-CD66
Le site des Cortalets, au pied du Canigó / Michel CASTILLO-CD66

1951-1999 Le site classé

Depuis 1951, date de son 1er classement en site classé, et plus largement de son 1er mode de protection faisant prendre conscience de sa valeur, le Canigó a connu bien des aventures qui expliquent aujourd’hui la labellisation Grand Site de France. Retour sur la période 1951-1999, durant laquelle les acteurs locaux ont pris conscience d’une part, de sa valeur écologique, paysagère… et, d’autre part, des dégradations en cours. Ils ont alors usé des dispositifs en vigueur pour tenter de le protéger...

Pour son caractère pittoresque, le sommet du Canigó est classé en 1951 au titre de la loi du 2 mai 1930. C'est le pic, sur 443 ha, qui est alors protégé.  Néanmoins, le développement touristique s'est amorcé rapidement, notamment sous la houlette du Syndicat touristique du Canigou (STC), première structure de coopération intercommunale à l'échelle des deux versants du massif, créée en 1966. L'accroissement exponentiel de la fréquentation touristique et de la pénétration automobile incontrôlée, favorisée par la création dans les années 1970 des pistes carrossables du Llec et du Pla Guillem, conduit à l'élargissement considérable du périmètre du site classé à 7789 ha, en 1983.

Devant l’émergence d’un projet de station de ski intégrée sur le Pla Segala, les Réserves naturelles nationales de Py et de Mantet sont créées en 1984, peu avant celle de Prats-de-Mollo-La-Preste en 1986 et la Réserve Naturelle Régionale de Nyer en 1988. Elles permettent de protéger une superficie totale de 11 544 ha située de part et d’autre du Pla Guillem. Dans ce contexte d’émergence d'une conscience environnementale, le STC estime qu’il est nécessaire de définir un nouveau type de développement du massif, harmonisé avec les réglementations des différents modes de protection en place. C’est ainsi qu’il devient, en 1984, le Syndicat intercommunal pour l’aménagement rationnel du Canigou (SIPARC) dont les nouvelles orientations permettent une adhésion communale plus large.

Article de presse évoquant le projet de station de ski à Mantet / Midi Libre, 11/01/1970. / ADPO

Néanmoins, cette politique « défensive » ne parvient pas à endiguer la dégradation persistante du massif : les stationnements abusifs des véhicules sur les talus et les pelouses d'altitude, l'accumulation des déchets sur les principaux lieux de concentration, la dégradation de l'équilibre écologique et paysager du site persistent. Dans ce contexte, l'État est sollicité par les élus locaux et les associations environnementales pour réagir : le massif du Canigó est alors inscrit sur la liste ministérielle des Grands Sites, publiée en 1989.

Suite à des travaux catastrophiques pour l’environnement, réalisés sur la piste inter-vallées du Pla Guillem en 1994, l'État prend en main la situation et lance activement la démarche globale d'Opération Grand Site. Abordant les problématiques de la fréquentation et de la gestion environnementale du site, plusieurs rapports et diagnostics complémentaires, réalisés entre 1996 et 2000, servent de base pour définir les axes de la politique à mener sur l'ensemble du massif. Outre des actions de préfiguration engagées dès 1998 sur des zones emblématiques du massif (sur les secteurs des Cortalets, de Marialles et du Pla Guillem), un projet global est défini puis validé par la Commission Supérieure des Sites, Perspectives et Paysages en 1999.

Un véhicule sur l'ancienne piste du pla Guillem / Gérard SOUTADÉ
Travaux de revégétalisation sur le pla Guillem / SMCGS
Le pla Guillem en 2011 / SMCGS

ZOOM : « l’affaire du Pla Guillem »

Face à la problématique de divagation des véhicules constatée autour de l’emprise de la piste intervallée reliant Vernet-les-Bains à Prats-de-Molló-La-Preste par le Pla Guillem, certains élus du SIPARC décident d’agir de manière autonome. Sur leur initiative, une profonde tranchée de près d’un kilomètre de long est creusée en juin 1994 au milieu du Pla Guillem dans l’objectif de contenir la divagation des véhicules. Cet acte bouleverse les esprits : la communauté scientifique, l’ONF, une partie des élus du massif et de nombreux habitants dénoncent vivement ce qu’ils considèrent être une catastrophe paysagère et écologique. Le Préfet intervient en fermant définitivement cette piste et l’Etat accélère la mise en place du dispositif Grand Site en commanditant les premières études.

L’on peut dire aujourd’hui que, ce que d’aucuns nomment « l’affaire du Pla Guillem », est l’élément fondateur du projet de Grand Site de France du massif du Canigó.

2000-2012 Les Opérations Grand Site

En 2000, ça y’est ! Les périodes de lutte par les acteurs locaux depuis les années 1950 ont porté leurs fruits ! Le massif du Canigó entre officiellement dans la démarche Grand Site de France, exigeante mais garante de sa protection environnementale. L’implication des élus et différents acteurs du territoire amènera, en 2012, à la labellisation Grand Site de France par le Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie.

La première convention Opération Grand Site (OGS) est signée en présence de l'État, la Région, le Conseil Général, le SIPARC (regroupant alors 31 communes du massif) et l'Office national des forêts, le 11 juillet 2000 au refuge des Cortalets.

La signature de la première convention OGS au refuge des Cortalets / SMCGS

La première phase de l'OGS s'inscrit dans la continuité des actions engagées dès 1998, intégrant les préconisations des études préalables dans un programme de 51 fiches-actions. Cette opération tend vers un objectif fondamental, celui de favoriser la diffusion des flux touristiques sur l'ensemble du massif, de façon à préserver les espaces naturels les plus sensibles et à engendrer des retombées économiques en piémont et dans les vallées.

Dans ce cadre, diverses actions ont permis de restaurer les espaces les plus dégradés, notamment la revégétalisation du tracé de la piste du Pla Guillem suite à sa fermeture.

Conformément à la volonté affichée dans la convention, le Syndicat mixte Canigó Grand Site, structure de gestion unique fédérant tous les porteurs de l'OGS, est créé sous l’impulsion du Conseil Général en septembre 2002 dans l'élan de l'année internationale de la montagne proclamée par l'ONU. Après une étape d'installation, le Smcgs a mis en place, dès 2004, les premiers outils de gestion des flux dans la concertation, inaugurant ainsi une nouvelle gouvernance de l'action publique sur le massif.

Suite à un audit de la première phase d’OGS réalisé en 2005 sous la forme d'un bilan prospectif, montrant que le Canigó n’était pas encore prêt à demander la labellisation Grand Site de France, une seconde convention OGS est signée le 17 mars 2007 par l'État, la Région, le Conseil général, le Smcgs et l'ONF.

Le Smcgs se dote d'un plan d'actions pluriannuel couvrant la période 2007-2016. Par ailleurs, souhaitant s'impliquer directement dans l'application locale du programme Natura 2000, le Smcgs est officiellement désigné en 2007 opérateur de trois sites Natura 2000 (ZSC « Massif du Canigó »; ZSC « Conques-de-la-Preste » ; et ZPS « Canigó - Conques-de-la-Preste »), dont le périmètre couvre une superficie de 20 244 ha.

Le Syndicat s'affirme progressivement sur le territoire, impulsant une dynamique de concertation qui permet de finaliser un plan de circulation et de lancer des projets structurants à l'échelle de l'ensemble du massif, notamment les Tours & Ronde du Canigó, itinéraires de randonnée en boucle permettant la découverte du site et de ses richesses patrimoniales.

La navette hippomobile sur le site des Cortalets / SMCGS

Devenu un Grand Site préservé et géré, le Canigó fédère tous les acteurs du territoire dans une approche de développement fondée sur la mobilité douce et la valorisation des patrimoines. Le massif du Canigó est labellisé Grand Site de France par décision ministérielle du 13 juillet 2012. Il devient le 13ème Grand Site de France labellisé au niveau national.

"Ecouter le monde", œuvre en verre optique massif, créée en 2005 par Bernard Dejonghe / SMCGS

2013-2017 La première labellisation

Une procédure d'extension du site classé est lancée en 2007, suite au combat mené par les élus et les habitants du massif contre le passage d’une ligne électrique à très haute tension (THT). Elle aboutit en 20131 à la protection de 23 212 hectares, devenant ainsi le quatrième site classé de France par sa superficie.

1Décret ministériel du 23 août 2013

Les périmètres de protection du patrimoine naturel / SMCGS

Sont désormais inclus dans le site classé le Pla Guillem, l’ensemble des 3 réserves naturelles nationales de Py, Mantet et Prats-de-Mollo, les cinq refuges gardés du massif du Canigó (Cortalets, Batera, Sant Guillem, Les Conques, Marialles) et le site patrimonial minier de la Pinosa. Ce changement d’échelle implique une approche différente dans la manière d’aborder le massif.

Rappel du projet 2007 - 2016

La stratégie de gestion, préservation et valorisation du massif du Canigó, intégrée au dossier de candidature au label Grand Site de France déposé en 2012, s’articule autour de quatre objectifs :

  1. Maintenir l'attractivité du Canigó identifiant 3 orientations :
    • la diminution de la pénétration motorisée dans le massif,
    • l’affirmation d’une image renouvelée de destination haute montagne,
    • l’augmentation de l’effort de promotion,
  2. en protégeant et valorisant les principales ressources du massif par :
    • l’approfondissement des connaissances scientifiques des patrimoines,
    • le renforcement des compétences techniques dans le domaine environnemental,
    • l’amélioration de la qualité paysagère et de l’esprit des lieux,
  3. pour favoriser le développement local des communes en agissant en faveur de :
    • la diffusion des flux par l’identification de nouvelles formes d’interconnexion entre piémont et site classé,
    • la promotion des structures d’accueil et d’animation des communes,
    • l’incitation des professionnels à articuler leurs produits autour des Tours et ronde du Canigó,
  4. ce qui passe par la volonté d’ancrer définitivement le Grand Site dans le paysage local impliquant :
    • l’approfondissement de la mutualisation des compétences et outils techniques entre gestionnaires,
    • le renforcement de l’image des Grands Sites de France,
    • la certification de la gestion environnementale du Canigó à travers les démarches de qualité avec l’obtention du label GSF.

Cette stratégie se décline en cinq enjeux d’intervention, structurés en seize programmes et déclinés en 86 actions :

Le récapitulatif de la stratégie 2007-2016 / SMCGS

Bilan quantitatif du plan d’actions 2007 - 2016

L’évaluation du plan d’actions du Grand Site de France 2007 – 2016 a été réalisée par le Smcgs entre février et septembre 2016 avec l’appui du Comité de suivi du label Grand Site de France. Le bilan de sa mise en œuvre est résumé dans le graphique suivant :

 

Le bilan de la mise en œuvre du plan d'actions 2007-20016 / SMCGS

2018-2024 L'ambition du renouvellement

Les travaux et concertations, conduits entre 2015 et 2017, ont permis d’identifier quatre grands enjeux déclinés en treize objectifs :

Enjeu n°1 : Préservation et valorisation des patrimoines naturels et culturels du site classé

La richesse et la valeur patrimoniale du Grand Site de France et du site classé du massif du Canigó en particulier, invitent à porter une attention toute particulière à l’état de conservation des patrimoines naturels et culturels confrontés aux pressions et usages du site. Par une coordination renforcée des acteurs et outils de gestion et des usages, impliquant amélioration des connaissances, préservation et valorisation, il s’agit de garantir l’état de conservation patrimoniale du site classé sur le long terme. Pour y parvenir, trois objectifs sont fixés.

Objectif 1.1 : Améliorer la connaissance des patrimoines du site classé

Objectif 1.2 : Préserver l’état patrimonial du site classé

Objectif 1.3 : Valoriser les ressources patrimoniales

Le massif depuis le sommet du Canigó / Michel CASTILLO-CD66

Enjeu n°2 : Maintien de la qualité paysagère du Grand Site de France

Les paysages d’exception du Grand Site de France fondent en partie l’attractivité et la dimension emblématique du territoire. Si ceux-ci ont profondément évolués depuis le début du siècle dernier sous l’effet des activités humaines (pressions pastorale, minière, forestière, urbaine,…), leur préservation et leur valorisation sont essentielles car à l’origine des aménités du Grand Site de France. Ainsi, le récent plan de paysage adopté à l’unanimité lors de la séance du 7 juillet dernier, a permis de mettre les questions paysagères au cœur du débat territorial. Il s’agira de capitaliser sur cette dynamique et sur les fondements de ce document de référence pour répondre aux objectifs de qualité paysagère du territoire. Outre l’expertise paysagère mobilisée par le Smcgs, l’inspecteur du site et le paysagiste conseil de la DREAL seront associés autant que de besoin à la définition des projets, lesquels seront par ailleurs évoqués dans l’instance de coordination présenté précédemment (objectif 1.2).

Objectif 2.1 : Poursuivre la restauration des paysages dégradés du site classé

Objectif 2.2 : Participer activement à la préservation des paysages du site classé

Objectif 2.3 : Favoriser les projets de qualité, respectueux des paysages du Grand Site de France

 

Fillols, village au pied du massif du Canigó / Michel CASTILLO-CD66

Enjeu n°3 : Gestion de l'accueil et conciliation des usages

La gestion de l’accueil est pris en compte dans le « dispositif estival de gestion de l’accueil et des flux » mis en place chaque été par le Smcgs avec lequel s’articule le plan de circulation motorisé et la charte d’organisation des manifestations sportives et culturelles à l’échelle du site classé (23 212 ha). L’attractivité de la partie sommitale du massif est réelle et les flux inégalement répartis sur l’ensemble du site classé. Pour une gestion plus transversale et efficiente de l’accueil, les actions de gestion des flux doivent être mises en relation avec l’infrastructure existante (pistes, refuges, réseau d’itinéraires, sites APN,…) et articulées à une échelle territoriale beaucoup plus large (destination Canigó, littoral,...) à l’origine de l’essentiel des flux de la partie sommitale. Dans une perspective de gestion multifonctionnelle et durable du site classé du massif du Canigó, l’ensemble des usages traditionnels (pastoralisme, foresterie, pyrénéisme, randonnée, cueillette, chasse, …) et les pratiques actuelles (course en montagne, drone, recrudescence du bivouac,…) doivent également être pris en compte et leur impact évalué pour garantir l’état patrimonial du site classé. Dans une perspective de gestion partenariale en réseau, trois objectifs découlent de cet enjeu :

Objectif 3.1 : Maîtriser et déconcentrer la fréquentation sur le site classé

Objectif 3.2 : Concilier les usages traditionnels et actuels du site classé

Objectif 3.3 : Organiser le territoire de visite et qualifier l'offre de découverte du Grand Site de France

Randonneurs sur le sentier du pic du Canigó / SMCGS

Enjeu n°4 : Participation au développement durable du territoire et à son rayonnement

Plus qu’un pic et un massif, le Grand Site de France du massif du Canigó est à cheval sur deux bassins de vie correspondant à ses deux versants nord et sud aux caractéristiques socio-économiques assez similaires. Bien que disposant de nombreuses ressources (naturelles, humaines, patrimoniales, …) et d’une situation géographique privilégiée (climat, accessibilité,…), ce territoire a du mal à convertir ses nombreux potentiels en termes de développement local. Sans perdre de vue sa vocation première de préservation du site classé, la démarche Grand Site de France doit davantage participer au développement local et durable du territoire. Dans cette perspective, quatre objectifs ont été identifié :

Objectif 4.1 : Contribuer à la dynamisation de l'économie du Grand Site de France

Objectif 4.2 : Développer la destination éco-touristique « Canigó Grand Site »

Objectif 4.3 : Impliquer la population à la mise en œuvre du projet de territoire

Objectif 4.4 : Participer au rayonnement du territoire

Visiteurs dans les gorges de la Fou à Arles-sur-Tech / Michel CASTILLO-CD66